Les saisons se suivent et, malheureusement, se ressemblent. Alors que les séries n’ont jamais été autant plébiscitées, les médias traditionnels font encore le choix du mépris, privilégiant l’accompagnement promotionnel au débat critique libre et éclairé.
Pour preuve, l’annonce de la fin de deux rendez-vous importants pour les sériephiles : l’émission estivale de France Inter consacrée à la pop culture “Blockbusters”, produite par Frédérick Sigrist depuis neuf ans, et la disparition imminente du “Cercle Séries”, produit depuis 2019 par Alain Kruger et présenté par Renan Cros sur Canal+.
Les séries ont beau remporter l’adhésion du public français depuis que Belphégor a hanté les couloirs du Louvre et les écrans cathodiques il y a soixante ans, elles ont longtemps été déconsidérées par les “grands” médias. La presse avait pourtant fini par s’en emparer et des programmes télé et radio ont vu le jour, donnant une place et une légitimité à l’analyse sérielle, au même titre que la critique cinéma.
L’intérêt de tous les publics pour les séries, la multiplication des plateformes, des festivals et du nombre d’œuvres produites, en France comme ailleurs, ne semblent plus suffire à convaincre les chaînes de télévision et les stations de radio de maintenir les rares rendez-vous qui leur sont consacrés. Après l’arrêt de l’émission critique de France Inter “Une heure en séries” et de “Story Séries” sur OCS, nous avons appris fin mai, abasourdi·e·s, la disparition programmée des deux dernières émissions radio et télé où la critique sérielle était possible.
L’Association des critiques de séries, en colère, ne veut pas se résigner et appelle au maintien de ces rendez-vous spécialisés et destinés au grand public.
“Blockbusters” invitait régulièrement au micro des expert·e·s, journalistes, fans ou chercheur·euse·s qui partageaient leur enthousiasme, leurs analyses et leurs éclairages dans cette émission accessible à tous et toutes. “Le Cercle séries”, lui, apportait, un regard joyeux et rigoureux au sein du seul espace critique entièrement consacré aux séries sur son média d’origine : la télévision.
Le traitement médiatique des séries ne peut être laissé aux mains de journalistes non-experts, qui méconnaissent l’histoire et les particularités du format sériel, et ne doit surtout pas se réduire à des interviews promotionnelles ou des coups de com’ organisés par ou pour des créateur·ice·s de contenu.
Comme pour le cinéma, les arts vivants ou la littérature, la critique sérielle permet de penser, de mettre à distance, d’analyser et d’accompagner une œuvre – mais aussi de soutenir la création et d’encourager la diversité des points de vue et des histoires qui nous sont racontées. Sans expression d’un regard critique, l’œuvre s’efface au profit du contenu et le public se segmente en cibles marketing.
Alors que les séries françaises font l’objet d’un engouement croissant et d’une reconnaissance amplement méritée à l’international, nous, journalistes critiques de séries et membres de l’ACS, qui récompense depuis dix ans les meilleures séries françaises, dénonçons le choix politique que constitue la suppression de ces espaces d’analyse et nous inquiétons des répercussions à venir sur toute la chaîne de création.
Un rendez-vous culturel de plus qui disparaît, ce n’est jamais bon signe. Les séries, leurs créateur·ices et leur public méritent mieux qu’un plan com’ !
Les membres de l’ACS https://acseries.net/
(Version image du communiqué)
